Vivent les vacances (avec Dr Benyacob Abdelhalim)

  • Hassane Loukili
  • société
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Vivent les vacances

Vivent les vacances

Elles sont extraordinaires les vacances, elles nous permettent de retrouver  nos vies de couples, de voir s’épanouir nos enfants, de manger  ensemble des repas d’été, et surtout d’oublier pendant quelques jours qu’il faut travailler dur le reste de l’année pour mériter ces instants de repos.

Les vacances  font partie de plus en plus de la culture de nos autres marocains, les couples s’activent vers la fin de l’année scolaire pour programmer la période du congé, et les familles ne lésinent pas sur les moyens, chacune selon son budget, pour s’offrir une période de détente avant se s’attaquer à une nouvelle et énième rentrée scolaire.

Je fais partie de cette poignée de marocains heureux ou malheureux, selon l’angle de vision du lecteur, qui ont passé des vacances en Andalousie en Espagne, avec ses belles plages et marinas, ses parcs d’attraction et ses centres commerciaux qui fonctionnent comme des machines à sous géantes, sa population bien vivante, probablement raciste ( en tout cas nettement moins évident qu’en Catalogne)  mais  visiblement aimable et souriante. Il est vrai que les espagnoles sont bruyants, parlent fort, boivent de l’alcool  et mangent du porc, mais sont des travailleurs sérieux, bien vivants, avec un sens de la famille beaucoup plus développé que chez leurs voisins du nord : on les  voit très souvent sinon toujours en petits groupes avec des personnes de trois générations différentes : les grands parents, les parents et les enfants, les bébés dans des poussettes ne les empêchent pas de sortir toute la journée à la plage ou tard le soir pour diner. Cet aspect de la fête en famille me rappelle celui que nous avons nous aussi au Maroc. Cette ressemblance ne concerne pas seulement les habitudes mais aussi la géographie, le sud d’Espagne est quasi l’image en miroir du nord du Maroc où des montagnes  infranchissables  effleurent des plages étendues, sauf que les espagnoles avaient compris bien avant nous l’intérêt de cette nature et ont encouragé les britanniques à investir dans cette cote du soleil. La seule différence et pas des moindres est le citoyen lui-même.  Au retour au bled, le contraste est flagrant : des files tordues et interminables de voitures à l’entrée de Ceuta ou de sa sortie dont la seule explication est l’égoïsme du citoyen marocain qui pense que la file d’attente ne concerne que les autres et  qu’il est pressé par définition et donc prioritaire. Ce pauvre citoyen démuni de tout sens de civisme ou de communication  quand il ne brule pas systématiquement le feu rouge, il a n’a de langage que le recours impérieux et compulsif au klaxon pour signifier son mécontentement ou parfois même son agacement d’attendre la passage des feux au vert. Nos plages aussi belles que celles de l’autre rive sont jonchées par des ordures, des couches de bébé, des sacs en plastique, des pots de « Danone » et de  « Raibi Jamila » (vides évidemment), des mégots de cigarette ou de joints , et des restes de pastèque (heureusement biodégradable), l’agréable décor est joliment encadré de belles tentes improvisées par des draps dont la propreté est douteuse et des foulards  de couleur généralement sombre rappelant l’humeur maussade des estivants. Malgré le climat d’été supposant un soleil radieux dans un ciel clair, il fait gris et lourd tellement il ya des nuages de fumée expirés par les pots d’échappement de voitures aussi vielles que le père Benzène lui-même. La fumée est tellement noire et épaisse qu’on jurerait que ces tas de ferraille mourraient de cancer bronchique si elles avaient des poumons. Dans l’air flotte une odeur pestilentielle et écœurante  tellement les poubelles n’ont pas été vidées et quand bien même elles le seront le jus qui en est extrait dans nos beaux camions malaxeurs sera immédiatement déversé dans nos rues et boulevards  rendant l’ambiance  plus sale et l’air encore irrespirable. Quand nos rues et impasses sont équipées de conteneurs, ces derniers sont toujours pleins à craquer et finissent par vomir leurs contenus nauséabonds offrant des repas misérables à des chats, chiens et mules errants aux carcasses cadavériques.

 Parfois je me demande si on n’a pas ça dans les gènes, cette capacité à salir et à accepter de vivre dans la saleté. Cette faculté à nous adapter et à supporter des seuils très bas de médiocrité et d’incivisme. Cette cartographie génétique qui précise dans son codage le mode de fonctionnement de telle ou telle personne, et il parait que nos chromosomes refusent de subir la moindre mutation ou cassure susceptibles de nous aider à changer notre façon d’exister. Je me dis que ça doit être aussi en rapport avec nos origines campagnardes ; très peu de marocains vivaient en ville avant l’invasion française en 1912, et d’ailleurs  les familles marocaines « les plus civilisées » ne le sont que depuis trois ou quatre générations, pouvant expliquer en partie notre tendance maladive à pisser contre les murs, à cracher dans la rue, à casser, à voler, à saccager et à mentir.

Le lendemain de mon retour, avant d’aller au travail j’ai eu le temps de prendre un petit déjeuner au café, un méat complet et varié, un tel repas ne peut être servi en Espagne, et si c’était le cas l’addition aurait été bien salée.

Cette vie  paisible tournant au ralenti et pas chère (à relativiser selon la poche des citoyens) est un atout de notre beau pays….comme quoi on ne peut pas tout avoir dans la vie : la propreté et la cherté de la vie, ou la vie pas chère et les ordures ?

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