Ici et maintenant

Peut on rêver encore ?! تغريدة

Ici et maintenant

En regardant ce ciel bleu rougeoyant, ces hirondelles qui jacassent et tournoient en colonies ; et en humant ces senteurs et ces effluves qui baignent l’air frais, je trouve magique le coucher de soleil de cette belle journée printanière. Je suis un être comblé.

Sauf que je n’arrive pas à m’empêcher de penser à mes quarante-cinq ans qui s’achèvent dans quelques semaines, et c’est avec un pincement au cœur que je me projète vers mes cinquante ans, puis mes cinquante-six ans, mes soixante ans, ma retraite, à mes rides de plus en plus profondes, à ma fatigue et à mon angoisse de plus en plus croissantes, et ensuite arrivent mes quatre-vingt-sept ans avec son lot de questions, et les préparatifs au départ. Oui ce départ tant redouté, qui me guette par tous les orifices de ma vaste demeure, qui m’a poussé jusqu’à mes derniers retranchements, et qui est resté tapis dans son coin depuis toutes ces années en attendant son heure ou plutôt la mienne.

Je suis fatigué d’attendre, épuisé de faire le guet. Tout ce que je veux finalement c’est partir tranquillement, en paix avec mon créateur, en paix avec les miens et tous ceux que j’aime ou ceux qui en restent.

Cependant, je n’ai pas encore quarante-six ans, il y’a ce soir, cette nuit, demain puis après demain, les mois prochains et les années suivantes, je suis encore en forme, j’ai de la force à en revendre, j’ai des sentiments pour mes proches et pour mes semblables. Je suis un homme chanceux et heureux parce que je suis vivant, je veux créer, je veux donner, j’ai envie d’aider, je peux courir, je veux secourir.

Ce monde est vaste, la mer est profonde et le ciel est immense, je veux butiner et apprendre encore, j’ai besoin de voler par les ailes du faucon pèlerin. Cette énergie qui coule en moi comme la lave d’un volcan, qui fuse et fond la roche puis déborde par les fissures, elle sait qu’elle finira en vapeur, en nuages et en cendres, mais inlassablement continue à se frayer un chemin vers le cratère qu’elle va bientôt modeler et transformer en terre fertile.

Ça s’est passé en quelques secondes, ou en quelques minutes ; peu importe, le soleil semble ne pas bouger de son azimut, les passants continuent leurs brouhahas et leurs bonhommes de chemins, les habitués du café en face ont les yeux rivés sur ce match interminable, et mes enfants courent à mes côtés insoucieux de mes pensées. Enfin moi je sais ce que j’ai à faire : continuer à vivre ici et maintenant.

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